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9 septembre 2006 6 09 /09 /septembre /2006 19:17
Bonjour,

Nous nous sommes quitté au moment de commencer la montée sur Champex. 4,3 km pour 422 mètres de D+. Pour moi, il s'agit d'une des deux portions les plus dures du trajet: la montée se fait dans une forêt très très sombre, car très serrée. Le 'chemin' est un véritable chaos minéral sur les 3/4 de sa longueur. On a l'impression d'un torrent asséché, parfois presque vertical. Ou d'escalier dont les marches font 1 mètre de haut! Après près de 110 km de vadrouille, les muscles commencent un peu à tirer. Il faut ajouter à cela la pluie (fine), puis la neige et le brouillard. Parfois, je dois m'arrêter pour chercher mon chemin avec ma lampe ventrale. Par endroit, le chemin large de 50 cm surplombe le vide. Il s'agit de rester bien concentré! De Praz-de-Fort à Champex-Lac, il me faut 1:49. J'arrive à la base de vie à 01:47, Dimanche matin. J'ai 66 minutes de retard, soit 13 de plus qu'à Praz-de-Fort. Mais j'ai 73 minutes de marge sur la barrière horaire. C'est 15 minutes de plus qu'à La Fouly (gain réalisé sur la pause). Compte tenu de la difficulté que je viens de franchir, c'est pas mal. J'avais prévu sur mon tableau de marche que si j'arrivais à 24:00 à Champex, j'aurais droit à une douche (que j'ai déjà zappée à Courmayeur). Donc, exit la douche. De toutes façons, vu l'organisation de cette base de vie, autant ne pas y penser. C'est là mon deuxième bémol par rapport à l'organisation: une fois mon sac de rechange récupéré, j'ai demandé ou se trouvaientt les locaux pour se rechanger, se reposer, etc. On m'a aiguillé sur... la cantine. C'est donc parmi les spectateurs qui mangeaient saucisses et autres raclettes que j'ai dû déballer mes effets, dans une promiscuité totale, sans place (car les occupants non coureurs étaient peu enclins à faire de la place). C'est parmi ces brave gens que j'ai déballé mes pauvres petits petons martyrisés (et certainement peu appétissants) afin de pouvoir rapidement les soigner. Ils sont en effets mouillés depuis plusieurs dizaines de km et les dégâts commencent à apparaître. Mais pas de cloques (pas encore). Bref, je suis un peu grinche, mais finalement j'arrive à emballer tous mes effets, je me sustente la moindre (il n'y a plus grand chose à manger) et toujours sous la pression de la barrière horaire, je repars. Cela devient un peu un exercice de survie... Engagez-vous, qu'ils disaient...

La prochaine étape, c'est Bovine. C'est la septième 'grosse' montée du parcours (sur neuf). Toutes ces montées sont superbes de jours, plus redoutables la nuit. Une fois de plus, je constate que les lambdas comme moi souffrent finalement plus que les cracks: on a plus rien aux ravitaillement, on passe après 1500 autres bipèdes et de ce fait la boue est ... boueuse à souhait et surtout on se paie deux nuits blanches! Bon, si on divise les coûts par le nombre d'heure, nous sommes largement gagnants! On se console comme on peut. Chemin faisant (pan! pan!), j'arrive à Bovine à 05:44, avec 72 minutes de retard sur mon horaire, soit 6 minutes de plus qu'à Champex. Je suis visiblement en forme descendante, attention danger. A Bovine, le jour se lève, il pleut un peu et il y a du brouillard. Par de raisons de s'attarder, donc. Encore une petite montée et on passe le collet de Portalo. Il y a maintenant une assez longue mais facile descente jusqu'au Col de la Forclaz. Cette descente se fait dans une forêt de mélèzes, très jolie. Depuis le Col de la Forclaz, on voit la plaine du Rhône, Martigny et les environs. C'est il y a trois ans, je crois, que j'ai passé une nuit dans un dortoir de l'hôtel de ce col, lors d'une excursion dans le coin. A la réception, dans le présentoir des attractions touristiques du coin, j'avais trouvé une petite brochure annonçant la 1ère ou la 2ème édition de l'UTMB. J'avais déjà fait des marathons et en lisant ce prospectus, je m'étais dit: 'c'est démentiel, en tous cas pas pour moi'. Et pourtant...

Depuis le Col, on courre un moment au plat (si, si), le long d'un bisse réhabilité. Puis on plonge à travers la forêt jusqu'à Trient, 200 mètres plus bas. La boue est de plus en plus boueuse. Heureusement, on a mis des copeaux de bois sur la sente. Sans quoi, bonjour les glissades. Depuis le départ, je ne suis pas encore tombé. Je touche du bois! J'arrive à Trient à 07:41 au lieu de 06:15. J'ai donc 86 minutes de retard, soit 14 de plus qu'à Bovine. Mama mia, ça sens le brûlé. mais à Trient, il y a une barrière horaire à 08:15. J'ai donc maintenant 120 minutes de marge. Bizarre? Vous avez dit bizarre? En effet, l'organisation à resserré les barrières du début du parcours, mais le temps final admissible reste le même. Pour ma part, cela m'a mis sous pression tout le long et cela a certainement contribué à ma réussite. Mais d'autres, que je connais, ne se seraient pas inscrits sur la base de ces nouvelle barrières (elles ont en effet été connues APRES l'ouverture des inscriptions).

Passons sur ces considérations terre-à-terre et continuons notre quête du Graal. La descente sur Trient nous a amené à 1300 mètres d'altitude. Il s'agit de se taper maintenant la montée des Tseppes, à 1932 mètres. Soit 632 m de D+ en 3,5 km environ. C'est une montée longue, un peu monotone, mais régulière et relativement facile. D'autant plus qu'il ne pleut plus et que la température est assez 'douce'. Au lieu-dit les Tseppes, il y a un chalet. Ses propriétaires ont refusé qu'il s'y tienne cette année un ravito, en raison des déchets laissés l'année dernière (information non officielle). C'est l'occasion pour moi de fustiger les cochons de coureurs qui laissent leurs déchets sur le chemin. Ils sont nombreux, malgré la charte que l'on signe avant la départ. Mais qu'elle solution trouver? On ne peut pas mettre un surveillant derrière chaque concurrent! La seule à mon avis: faire payer dix Euros de plus, et avec cette cette taxe (mon Dieu que je n'aime pas ce mot), financer des 'bénévoles' qui feront le tour en 2-3 jours et ramasseront ces déchets. La taxe rentrera ainsi dans la caisse des sociétés (sportives ou autres) qui feront ce travail. Bien sûr, cela ne devrait pas être un encouragement à cochonner encore plus l'environnement. Fin de la parenthèse.

Arrivée aux Tseppes à 09:27. Il fait maintenant bien jour, la journée promet d'être agréable. J'avais prévu d'atteindre cet endroit à 08:08. 79 minutes de retard. J'ai donc repris 7 minutes depuis Trient et de nouveau à la montée. Avec l'âge, je deviens meilleur grimpeur que descendeur. Aux Tseppes, sinon boire un thé, il n'y rien à faire. Donc zou, départ pour le sommet (à 2050 mètres), puis la descente sur Catogne. C'est une portion du trajet que je connaissais pas jusqu'au reconnaissances du 14 juillet. C'est magnifique et depuis Catogne, à 1 km de la frontière, on peut faire entre autres le Col de Balme, conduisant en France et beaucoup d'autres randonnées magnifiques. Donc Catogne, à 2000 mètre d'altitude. On descend maintenant jusqu'aux Esserts, c'est la frontière franco-suisse. Les Esserts, cela se trouve dans un domaine skiable, c'est assez joli, mais le sentier est boueux de chez Boueux. Et c'est dans cette descente que je chute 2 ou 3 fois. Imaginez-vous: le chemin fait a peu près 50 cm de large et la boue qui le recouvre est une crème chocolat (pas comestible) de 20 centimètres d'épaisseur au moins.

Au moins le ciel est serein, on ne peut pas tout avoir en même temps. Depuis les Tseppes jusqu'à Vallorcine, il y a plus de dix kilomètres. Pour une fin de parcours, je trouve que c'est un peu long, sans ravitaillement intermédiaire. D'un autre côté, je suis un peu comme le cheval qui sent son écurie se rapprocher. Je commence à être fatigué, certes, mais le but approche, approche. Et c'est dans la descente sur Vallorcine que je rencontre un ami, Marc Hoste, mais que fait-il donc là? L'ami Marc à convaincu son épouse, la mienne ainsi que la Puce de venir à ma rencontre à Vallorcine. De plus, il a fait au moins 200 mètres de D+ pour venir à ma rencontre. Vraiment, c'est un AMI précieux qu'il s'agira de garder précieusement. Mais je le mets en garde: il n'a pas le droit de me porter assistance, pas le droit de courrir à mes côté, etc. (voir le règlement de l'UTMB). Mais 50 mètres devant ou derrière, pas de problèmes. J'arrive à Vallorcine à 11:38, l'heure de l'apéro.

Arrivée à Vallorcine, la fatigue s'installe!

Mais mes pensées sont ailleurs, elles sont focalisées sur l'arrivée, place de l'Amitié, à Chamonix. Je vois une bière, de plus en plus grosse, j'en ai envie (mirage?). J'ai 88 minutes de retard sur mon timing, mais plus que 7 minutes sur la barrière horaire. Je commence en effet à ressentir une grosse fatigue, ce qui n'est pas très étonnant, après 40:37 et 142 km de course.

Ho! Un Hobbit ici?

La présence de mes amis et de ma famille me redonne un coup de fouet et c'est reparti pour les 14 derniers km. Cette distance correspond plus ou moins à mes séances d'entraînement habituelles, mais ils seront les 14 km les plus durs que j'ai jamais courus. Jusqu'à Argentières, via le Col des Montets, ça va.

J'arrive en vue du Col des Montets. Je suis au milieu de l'image, à côté d'un gars en orange.

Le  Col des Montets est atteint, c'est en principe la dernière difficulté. Pour moi cela sera l'avant- dernière.

P'tit peu fatigué...

Après une dernière pause, re-départ pour le finish, encouragé par le fans-club!


Très joli chemin menant à Argentière, un peu boueux, n'est-il pas?

J'arrive à Argentière. Je courre encore, mais la position est un peu 'tassée'.

J'arrive à Argentière à 13:25 au lieu de 11:59:  76 minutes de retard sur mon timing. 12 minutes de moins qu'a Vallorice: le coup est jouable. Serrons les dents!!! On rencontre des promeneurs qui nous félicitent et ça fait du bien.

Arrivée à Argentières, dernier ravitaillement avant Chamonix!

Comme j'ai oublié de me recharger en gels à La Fouly, je prends du thé sucré que me prépare Marc!

Petit ravitaillement, moi qui ne bois presque jamais de coca, j'en ai fait une cure, ce week-end.

Bref ravitaillement à Argentière et je repars. C'est à ce moment que posant le pied sur un cailloux pointu (qui l'a donc mis là?), je ressens une vive douleur. Je continue, je commence à traîner la patte. Mais j'avance. Le dernier tronçon, d'une dizaine de km est un calvaire: des cloques surgissent (ou se manifestent soudain). Je prends la résolution de les percer et de les recouvrir de com-peed. Je connais la méthode, maintes fois éprouvées, et cela devrait me permettre de terminer sereinement. Y a un bug: à la Fouly, parce que je sentais la fin proche, je me suis délesté. Et par inattention, j'ai écarté la petite trousse contenant entre autres les com-peed (aini que les gels...). Je suis donc condamné à recouvrir ces cloques de sparadrap et je continue. Une âme bienveillante m'a aidé à me soigner les pieds. Est-ce de l'assistance? Céleste, peut-être... Le dernier tronçon est joli, certes, pour des promeneurs du Dimanche.

Les organisateurs nous ont encore mis une bonne montée sur le petit balcon sud. Histoire sans doute d'atteindre ces fameux 8500 de dénivelé positifs...

Mais je commence vraiment à être fatigué. J'ai chaud, j'ai froid, il est vraiment temps d'en terminer.

Après une grimpette interminable (tous les 500 mètres on croise des quidams disant en souriant: 'plus que 500 mètres' (sadiques!!!)). Soudainement, un virage à angle droit et voici la plongée sur Chamonix. J'ai tellement mal aux pieds que j'ai l'impression de marcher sur des oeufs. C'est alors que je suis dépassé par un concurrent, en pleine descente. Il dois avoir mon âge, voir plus. MAIS IL EST PORTE PAR DEUX AUTRES PERSONNES.   Arrivé au plat, il est reposé à terre et marche normalement. Sans doute un problème musculaire des ischios, fréquent à la descente. Mais je ne vais quand même pas me faire dépasser par un éclopé! Allez, il reste 800 mètres, courrons un peu!

Le raid touche à sa fin.

Je débouche sur la rue commerciale et piétonne de Chamonix. Immédiatement, je suis pris en mains par la personne qui accueille chaque coureur à cet endroit (sauf ceux qui arrivent en paquet) et c'est une arrivée délirante dans Chamonix en fête et au soleil. Cette personne (dont j'ai oublié de demander le nom) est celle se trouvant au milieu de la photo ci-dessous: t-shirt orange, casquette blanche, polaire noire et pantalon bleu. Il fait partie de l'organisation. Il m'a demandé d'ou je viens, si c'est la première fois, à quel club j'appartiens... Puis quand la foule est devenue plus dans, il s'est mis à crier: C'EST JEAN-LOUIS, IL EST DE RETOUR, APPLAUDISSEZ-LE! C'EST JEAN-LOUIS QUI ARRIVE... Cela a bien duré une à deux minutes et toutes mes douleurs se sont envolées. J'ai dû retenir mes larmes.
Arrivée 'triomphale'. A droite en orange, ce gaillard qui me suit depuis Vallorcine. A gauche, en bleu ciel Martine, qui est au moins aussi contente que moi. Merci Martine pour ton soutien.

J'oublie mes douleurs, je suis HEUREUX!

Un peu trop sérieux, peut être?

On y est presque. La casquette que je porte en ce moment est un souvenir du marathon de New-York 2001 (sept semaines après les attentats!)

Yes! je l'ai fait.

Enfin, voici l'arche d'arrivée, juste devant l'église. Merci mon Dieu pour cette fantastique expérience.

Plus que trois mètres...

Il manque la cerise sur le gâteau: avec 44 heures 50 minutes et 40 secondes, je suis 1144ème sur 1685 classés. En effet, nous sommes classés depuis la Fouly. Mais je suis un des derniers à arriver à Chamonix. Seuls huit concurrents arriveront encore après moi. Et soudainement, je me fais happer par un officiel qui me juche sur le podium ou on est en train de remettre les prix des premiers de chaque catégorie. Et c'est de nouveau le délire, deux mille (au moins!) personnes m'applaudissent. Cela fait vraiment chaud au coeur. Et cela donne la photo ci-dessous.
Vous me connaissez assez pour me reconnaître sur la droite de la photo. Au centre, avec la casquette rouge, c'est le vainqueur, Marco Olmo, Italie, en 21 heures, 6 minutes et 6 secondes. Il y a déjà un jour qu'il se repose...

Nous y voilà. Je n'oublerai jamais ces deux dames habillées de Channel qui me regardaient comme une bête curieuse! Leur regard en disait long sur leur sentiment: l'incrédulité!

Après l'effort, le réconfort: de la part des amis et de la famille, mais aussi matérialisé par un 'sérieux' panaché (dénomination de la chope à Chamonix).

Voilà, j'ai accompli un rêve qui me tenaillait depuis plus de deux ans. J'ai sacrifié beaucoup de temps à cela, mais j'ai beaucoup reçu en retour. Mes remerciements vont à mon épouse qui doit supporter mes fréquentes absences, à Aurélia qui m'a soutenu par sa présence, à Marc et Martine qui ont été un des innombrables éléments qui ont contribué à la réussite, à Sandrine ' Bisoux' Bec et aux amis des reconnaissances de juillet 2006, aux 900 (!!!) bénévoles présents sur le parcours, par des températures ou ils auraient préférer courir, à l'organisation et en particulier le couple Poletti, aux autorités des communes traversées, aux populations locales, aux spectateurs, à mon ange gardien qui a parfaitement remplit sa mission!

Ces chaussures ont fait plus de trois fois le Tour du Mont-Blanc en deux ans: elles sont cuites. Je les immortalise, elles seront laissées à Chamonix.

Après un bon bain, j'ai dû prendre quelques cachets anti-fièvre: le contrecoup ne s'est pas fait attendre. Cela ne nous empêchera pas de sabler le champagne, puis d'aller manger au restaurant. Mais j'étais content de retrouver un bon lit!
Après l'effort, le réconfort, disais-je: Martine et Marc sablent le champagne avec moi...

... et avec Marie-Jeanne.

La boucle est bouclée!!! Jamais cette phrase n'a eu autant de sens pour moi. La fête est finie, la place se vide, dans quelques jours, il faudra redescendre sur terre!

A bientôt

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Published by Jean-Louis - dans running
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