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8 septembre 2006 5 08 /09 /septembre /2006 17:16
Le samedi

Depuis le village et le ravitaillement des Contamines jusqu'à la jolie chapelle de Notre-Dame de la Gorge, il y a 4.2 kilomètres de faux-plat montant avec environ trente mètres de D+. J'y arrive à 00:15, nous avons changé de jour, c'est samedi! Mais nous perdons rien pour attendre: ici débute la 2ème grande difficulté, l'ascension jusqu'à La Balme (n'a rien à voir avec le col franco-suisse de la Balme). Il s'agit de 4,2 km et de 496 mètres de dénivelé positif. Pour le moment, je suis toujours en compagnie de Jean-Pierre. En descendant sur les Contamines, nous avions dépassé Jean Pipart qui progressait assez rapidement. Durant la montée à la Balme, nous avons mis un peu de distance avec Marc. Il m'a dit ressentir sa tendinite. Je n'ai pas de nouvelle de Dominique, ni de Sandrine. Mais je pense que nous sommes encore tous en course. C'est en consultant le classement sur Internet que je constaterai que Dominique ne semble pas avoir pris le départ ou du moins ne pas avoir atteint Voza.

J'arrive au chalet de la Balme (et au prochain ravitaillement) à 01:36, soit avec 20 minutes de retard sur mon plan de marche. Mon retard s'est accentué de 8 minutes. Pas très bon signe, on n'est qu'au début. Nous sommes en effet dans le 34ème km, sur 158! Il faut maintenant grimper jusqu'au Col du Bonhomme: 3,6 km et plus de 600 mètres de D+. Bien qu'il fasse nuit, je peux vous dire que la région est très jolie, les sentiers sont larges et pas trop technique. Ce col à ceci de particulier qu'après l'avoir passé, cela continue de monter: encore 150 mètres de D+ sur environ deux km. Enfin nous arrivons au prochain pointage, au début de la descente, au refuge de la Croix du Bonhomme. Je ne peux pas vous donner de chrono pour cet endroit car l'électronique de l'organisation a lâché. Ce n'est que le début des ennuis techniques... Commence une longue et agréable descente jusqu'à un ravitaillement de plus grande importance, les Chapieux. Seul petit ennui, le chemin est quelque peu boueux. Depuis un moment, j'ai perdu Marc de vue et je crois que Jean-Pierre est devant moi. Bon, pour le moment tout va assez bien. J'arrive aux Chapieux à 04:53. J'ai 45 minutes de retard sur mon timing, mais j'ai toujours 67 minutes de marge sur la barrière horaire (au lieu des 81 prévues). Donc pour le moment, pas de danger immédiat. Par contre, ce qui me contrarie, c'est que chaque fois que j'arrive à un ravitaillement, il n'y plus rien de chaud: pas de soupe, pas de thé. Les précédents ont tout englouti. C'est bien beau de prendre 500 participants de plus, mais alors il faut prévoir plus de subsistance. Après presque dix heures de course dans la nuit et le froid, je n'ai encore rien pu avaler de chaud.

Raison pour ne pas traîner plus. Je repars donc. Mentalement, je me suis préparé des 'micro-buts' à atteindre. Le prochain, c'est le refuge des Mottets, ou j'ai passé une nuit il y a 18 mois environ (voir http://www.jogging-running.com/article-634798.html). Ce tronçon commence par une longue montée, assez régulière, presque toute droite et pour tout dire inintéressante, puisque sur le goudron. Mais ces cinq kilomètres sont 'reposants'. En tous cas c'est moins pénible que le 14 juillet dernier. J'avais fait cette portion sous le soleil et avec une dysenterie... Le prochain pointage est assez éloigné, puisqu'il se fera au Col de la Seigne, à la frontière entre la France et l'Italie. En attendant, nous dépassons le refuge des Mottets et la montée sur le Col commence. C'est au début de cette montée que je rattrape Jean-Pierre. Je ne me rappelle plus bien ou il m'a semé. Il m'apprend qu'il a chuté (dans la descente sur les Chapieux, je crois), qu'il s'est déchiré un ongle et qu'il a dû être soigné. Mais cette blessure lui provoque des élancements qui vont jusqu'au coeur. Au bout que quelques hectomètres, il me dit être au bord de l'hypoglycémie et il sort du chemin pour s'asseoir et récupérer. Je lui demande si je dois rester près de lui, il me dit de continuer. Il y a beaucoup de monde autour de nous, la nuit est assez douce. Je pense que je peux le laisser là sans danger pour lui. Je continue donc mon ascension. C'est à ce moment que je sors mon MP3:  monter au Col de la Seigne, dans une magnifique nuit douce et étoilée en écoutant 'Nights in white Satin': t'as presque envie de pleurer de bonheur! Plus de 600 mètres de D+ plus tard, j'arrive au Col de la Seigne, km 55 de la course. Plus d'un tiers de fait, en 12H37mn11s. J'ai 26 minutes de retard sur mon timing. Ce retard se stabilise, cela signifie que j'ai le rythme adéquat. L'année passé, j'avais passé ce cap 29 minutes plus tôt.

Cette photo a été prise par Sandrine le samedi 27 août 2006 à 07:19; cela devrait donc être durant la montée au Col de la Seigne! C'est l'aube.

Le soleil est levé, la descente sur le refuge Elisabetta commence. Descente facile, pour le moment tout continue à aller pour le mieux. Se sont de charmantes jeunes militaires italiennes qui me servent mes premier aliments chauds depuis le départ: du potage et de la minestrone. Je mange aussi un peu de pain, seulement la mie: sucres lents!!! J'ai 37 minutes de retard sur mon timing: c'est curieux, on dirait que je perds du temps à la descente et que j'en gagne à la montée. Ma marge sur la barrière horaire est de 66 minutes. J'ai perdu une minute! Cette réserve est également stable, c'est bon signe. Si le diesel continue à fonctionner ainsi, pas de problème. J'ai assez confiance, surtout après avoir lu une stat dans UFO démontrant que les personnes serrées par les barrières finissent dans une proportion plus grande que d'autres groupes...

Depuis ce ravitaillement, on suit d'abord le val Véni sur 2 ou 3 km, sur une piste 4*4 rigoureusement plate et droite. C'est assez monotone, mais le décors est grandiose: à droite, le Mont-Fort et le Mont-Percé. A gauche, les glaciers. Enfin, j'arrive au bout du lac Combal, ou plutôt ce qu'il en reste. Il s'agit d'un ancien lac glaciaire qui se transforme peu à peu en zone marécageuse. Commence maintenant la montée sur l'arrête du Mont-Favre: 2 km et 470 mètres de D+. C'est une montée assez pénible. Mais je repense à celle effectuée au même endroit le 14 juillet dernier et aujourd'hui, comparativement, c'est super facile. J'arrive au pointage à 09:47, après 14h46mn36s de course, soit avec 24 minutes de retard sur le plan de marche. J'ai repris 13 minutes. L'année dernière, le contrôleur m'avait dit que j'étais 1111ème à cet endroit. Aujourd'hui, je suis 1908ème. Mais il y a aussi 500 concurrents de plus. Et l'année passée, j'avais un tableau de marche plus rapide: j'ai 55 minutes de retard par rapport à 2005. Depuis cet endroit, c'est plus facile: sur trois km, c'est une succession de plat et de descente, jusqu'au Col Chécrouit. Arrivée à 10:35, toujours avec 24 minutes de retard: je tourne comme une horloge! Ravitaillement, changement de t-shirt, un peu de danse du ventre (la danseuse arrive toujours vers 11 heures) et j'attaque la dernière descente sur Dolonne-Courmayeur: presque 5 km de descente parfois assez casse-pattes, mais toujours dans un paysage enchanteur et avec un beau soleil, mais sans trop de chaleur, ce qui me convient parfaitement.

Assez exotique en plein milieu des Alpes, n'est-ce pas?

Ce sentier est très très poussièreux, il n'a pas plu certainement depuis plusieurs semaines.

"Un voyage de vingt mille lis commence toujours par un premier li" (proverbe chinois).

 A l'entrée de Dolonne, il y a de nouveau des spectateurs, surtout des accompagnants qui guettent avec anxiété l'arrivée de leurs concurrents favoris.

Arrivée à Dolonne, près de Courmayeur. Les traits sont un peu tirés...

C'est moi qui repère en premier Martine: elle n'a pas de nouvelles de Marc depuis quelques heures. Pourvu que rien de fâcheux ne soit arrivé. La veille au soir, après les Contamines, elle est rentrée à Chamonix avec mon fans club, tout ce petit monde à un peu dormi et aux aurores, en route pour Courmayeur par le tunnel. Il est vrai qu'en ce moment de la course, après 16h32mn d'effort, nous ne sommes, à vol d'oiseau, qu'à dix km de Chamonix... Mes supportrices, elles, ont opté pour une excursion Courmayeur-Bertone. Je l'ai croiserai lors de mon ascension de la montagne de la Saxe. Un petit mot sur cet arrêt à Dolonne: il s'agit d'une des trois 'bases de vie', c'est à dire un des lieux ou le service est complet: repas chauds, zone pour dormir, infirmerie, kinés, podologues, médecins, etc. L'accueil est chaleureux, mais l'organisation est un peu à l'italienne. Il manque surtout des tables ou on pourrait poser nos effets. Mais dans l'ensemble, la situation s'est améliorée par rapport à 2005. C'est lorque je m'apprête à partir que je vois Sandrine qui va se doucher. Elle à posé les plaques, victime d'ennuis techniques: sa poche à eau a été crevée par un coup de bâton malheureux d'un autre coureur et elle a passé la nuit avec un gros déficit de liquide. Elle ne se sent plus assez bien pour continuer. Elle m'apprend que Jean à été bloqué par la barrière horaire. Elle n'a pas d'autres nouvelles. Je suppute que Jean-Pierre a peut être abandonné. Toujours sans nouvelles de Marc également, je commence à sentir le vide autour de moi. Je repars vers 12h30. La traversée de Courmayeur puis de Vilair est assez pénible: il fait chaud et elle se passe sur goudron. Enfin, j'arrive sous le couvert de la forêt et la montée de 4 km avec 800 mètres de D+ commence. Environ aux trois quarts du parcours, j'ai la joie de rencontrer les miens (plutôt les 'miennes') qui redescendent à ma rencontre, selon le plan établi.

Je vais d'un bon pas vers le refuge Bertone. Marie-Jeanne trouve que j'ai mauvaise mine, mais je n'en ai pas conscience.

Je n'ai pas revus mes accompagnatrices depuis près de vingt heures et normalement je ne les verrai plus jusqu'à l'arrivée. Ces rencontres dopent et redonnent du courage pour au moins vingt km.

Il y a cohue au refuge Bertone.

J'arrive à Bertone à 14:23 au lieu de 13:52, soit avec 31 minutes de retard sur mon timing. Compte tenu de la durée de l'arrêt à Courmayeur, c'est bon. Depuis Bertone, il faut rejoindre le refuge Bonatti, à 7-8 km de là. Le chemin est très beau, vallonné, en balcon en dessus du val Ferret italien. C'est une région peu construite, assez sauvage et la vue sur le massif du Mont-Blanc est splendide. Cette portion est assez longue et j'ai hâte d'arriver à Arnuva. Dans mon esprit, j'ai zappé Bonatti. Il faut dire que l'année dernière, il n'y avait pas de ravitaillement à cet endroit et que donc il ne s'agissait que d'un point de repère. Cette année, il y un ravitaillement. J'y arrive à 16h15, avec 32 minutes de retard: j'ai encore perdu 1 minute! Après Bonatti, il y a encore 2-3 km sur les 'crêtes' et enfin commence la descente sur Arnuva. Le soleil est toujours de la partie. L'année passée, j'avais eu la pluie dès le déaprt de Courmayeur et cela m'avait sapé le moral. Cette année, bien que je sois seul depuis longtemps, le moral est encore d'acier. Arrivée à Arnuva à 17:50, j'ai maintenant 50 minutes de retard: bizarre. Par rapport à la barrière horaire, j'ai encore 50 minutes de marge. J'ai juré que tant que j'aurais 1 minute de marge, je n'arrêterai pas!!! Je fais un arrêt très rapide à Arnuva et je repars. JE VIENS DE FRANCHIR UN PALIER, CAR JE SUIS DEJA PLUS LOIN QUE L'ANNEE DERNIERE. La prochaine tranche est au refuge Elena, à 2,4 km et 293 mètres plus haut. Toujours et encore, l'endroit est très joli. Mais depuis un moment, nous voyons de menaçant nuages boucher les cols: la pluie ne devrait pas tarder, hélas. C'est en effet a proximité du refuge que je reçois les premières gouttes. Optimiste, je me dis qu'il pleut peut être de ce côté-ci seulement du col. Je passe mon imper et je repars pour le col, cette fois: 2,2 km pour 475 mètres de D+. Il pleut, mais pas de manière soutenue, ce qui évite d'être détrempé. J'atteins le Grand Col Ferret à 19:48, soit avec 45 minutes de retard sur mes prévisions. J'ai donc repris 5 minutes par rapport à Arnuva. C'est parce que je raccourcis la durée des arrêts aux ravitaillements que j'arrive à tenir la barrière horaire en respect. Je suis motivé, mais alors motivé...

Courmayeur 4h30, La Fouly 2h15, y a pas photo.

Je repars du col et je suis en SUIIISSSE! Yes! Si je n'ai pas de problème style entorse ou autre calamité du même acabit, je suis maintenant sûr d'être classé: il faut pour cela atteindre la Fouly à 8,9 km de là. Mais d'abord, il faut passer le ravitaillement de la Peulaz. Il s'agit d'une métairie d'Alpage flanquée d'une buvette. Le ravito est servi à l'intérieur qui est un peu sombre, mais que la chaleur fait du bien, surtout la soupe chaude, une des seules du parcours... Mais la nuit tombe gentiment et j'aimerai atteindre la Fouly avant qu'elle soit bien établie. Le chemin menant du col à la Peulaz était plutôt agréable, même si un peu longuet. Parc contre, la jonction sur la Fouly l'est nettement moins: d'abord sentiers boueux à souhait puis goudron. Mais bon, on avance, on avance. Le préparateur du parcours, un peu sadique, nous fait plusieurs fois traverser une rivière avant d'atteindre la Fouly. Un des ponts de bois est si mal éclairé, en plus mes lunettes sont embuées, que je ne suis pas sûr qu'il s'agisse bien d'un pont. J'attends donc un autre concurrent puis je le suis. Nous entrons à la Fouly. Et la: SURPRISE! Marc, Martine, Aurélia et Marie-Jeanne sont là.

On se les gèle à La Fouly... Il arrive ou quoi?

La bénévole (merci Madame), quelque peu frigorifiée, se demande quand même à quels énergumènes elle a à faire!

Je suis super content, même si cela signifie que Marc a dû s'arrêter à Courmayeur, victime du même ennui technique que l'année dernière. C'est Marc qui a proposé de venir me faire un coucou à La Fouly. Je ne connais pas Marc depuis longtemps, mais suffisamment pour dire: c'est un véritable AMI, comme on en rencontre pas tous les jours! C'est Martine qui a de la chance (mdr)!!! Tout le monde se met à mon service, c'est génial, je gagne quelques minutes: l'un m'apporte ceci, l'autre cela, Marie-Jeanne est rassurée, elle me trouve meilleure mine que durant l'après-midi à Bertone. J'atteins la Fouly à 22:02, avec 61 minutes de retard sur mon plan de marche. Aie, je perds de la marge. Mais j'ai 58 minutes de marge sur la barrière horaire. Cela fait longtemps que la marge n'était pas aussi confortable!

Départ dans la nuit, rendez-vous à Vallorcine!

Il fait maintenant nuit noire, il pleut, il neigeote même, il y a du brouillard et de ce fait, je ne sors pas mon MP3 qui malheureusement n'est pas étanche. Depuis la Fouly, on continue de descendre, jusqu'a Issert, 9-10 km plus loin. Depuis le Grand Col Ferret, on sera descendu de 1482 mètres en 21,4 km (presque un semi-marathon en D-). Le 15 juillet dernier, lors des reconnaissances (voir les articles précédents), j'avais couru cette portion de jour et à l'économie pour ne pas me mettre dans le rouge, rapport à la dysenterie de la veille. Cela m'avait parut beaucoup plus long!  J'arrive à Praz-de-Fort, charmant village quelque peu désert à cette heure avancée, à 23:58, soit avec 53 minutes de retard sur mon horaire. J'ai repris 8 minutes, c'est bien. J'arrive enfin à la jonction de Issert, jonction partant sur la deuxième base de vie: Champex-Lac. Etant donnée que j'y arriverai Dimanche, cela sera le sujet du prochain et dernier article consacré à ce magnifique périple.

A bientôt

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Published by Jean-Louis - dans running
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